Candidat à l’inéligibilité

 Julien, militant à Europe Écologie Les Verts (EELV), est inscrit en fin de liste dans le 7e arrondissement de Lyon pour les élections municipales de 2014. Certain de ne pas être élu, il peut ainsi faire entendre ses idées dans son quartier sans pour autant intégrer un système politique qu’il désapprouve. 

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« Moi j’ai pas envie d’être élu, mais je trouve que c’est important de pouvoir porter une autre vision de ce que pourrait être la politique au niveau local ». S’engager en politique malgré des déceptions face au système, pour défendre ses idées sur le terrain, Julien* en est l’illustration parfaite. À 31 ans, marié depuis peu, ce lyonnais fait partie de la quinzaine de noms choisis pour constituer la liste EELV pour les élections municipales dans le 7ème arrondissement. C’est dans un petit restaurant de la Guillotière qu’il nous donne rendez-vous pour évoquer son parcours, sa vision de la politique et son engagement pour le développement durable depuis qu’il est en position de non-éligible.

Une sensibilité écologiste ancienne

Derrière son visage timide et sa barbe de trois jours, Julien n’a rien de la figure typique du militant. Et pour cause, c’est un rôle qu’il l’apprivoise depuis peu. Mais si son engagement politique est récent, son implication en faveur de la cause écologiste, elle, n’est pas nouvelle. Indécis sur la suite de son parcours après le bac, mais doué pour les sciences, il s’oriente vers une classe préparatoire scientifique sur les conseils de ses proches. Un milieu dans lequel il ne s’épanouit pas et où il a l’impression de « poursuivre dans le système de consommation ». Julien choisit donc d’intégrer une école d’aménagement du territoire, qui lui permet de suivre une spécialisation dans l’environnement.

Déjà proche de la nature, habitué des randonnées en montagne, il s’intéresse davantage aux problématiques environnementales et crée une commission inter-étudiante du développement durable. « L’idée était de rassembler les étudiants de différents bords », se souvient-il. Les activités de la commission s’organisent autour de conférences et de tractages, car « à la base, [il] n’avai[t] pas envie de [se] rapprocher d’un parti politique ».

Copyright Tous droits réservés par Montreuil Vraiment

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Julien a  alors trouvé sa voie : l’écologie. Sa volonté de défendre l’environnement se concrétise lorsqu’il intègre un bureau d’études spécialisé dans le domaine. Depuis cinq ans maintenant, son rôle est d’« accompagner les organisations pour comprendre quels sont les impacts environnementaux qu’elles génèrent », à travers les problématiques du changement climatique, de la biodiversité ou encore de l’épuisement des ressources. Son métier lui permet de « fournir une information aux gens pour qu’ils puissent prendre une bonne décision en comparant plusieurs solutions ». Collecter des données, informer les consommateurs et trouver des solutions durables constituent son quotidien professionnel, qui est très lié à son engagement écologiste. Une action qui a ses limites, « le consommateur ne peut faire des choix que dans un cadre qui lui est donné, et c’est aussi sur ce cadre qu’il faut agir », explique t-il. La voie de transformation de la société par l’information ne suffit plus, l’entrée en politique s’impose à lui.

Quelques réticences envers la politique

Bien que sceptique sur le système politique actuel, Julien sait qu’il peut lui permettre de faire évoluer les choses. À son arrivée à Lyon, il y a cinq ans, il décide de se rapprocher du parti EELV. Chaque mois, il se rend aux réunions de la section du 7e arrondissement et participe aux discussions avec les élus et militants du quartier. Sa réticence par rapport aux organisations partisanes n’a pas disparu et Julien reconnaît qu’il n’est « pas la personne la plus impliquée ». Malgré tout, l’année dernière il décide de franchir le pas et prend sa carte au parti. Mais sa frustration par rapport au politique ne l’encourage pas à devenir adhérent, il préfère le statut de coopérateur qui lui permet de garder ses distances avec la structure partisane. En parallèle, il maintient son fort ancrage dans le milieu associatif. Cette posture distanciée lui permet de comprendre le monde politique qu’il appréhendait tant.

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Mais aussi de le critiquer. Julien est déçu du fonctionnement du parti et ne s’en cache pas. Il juge cependant « étonnant de quitter le parti pour ne pas s’impliquer ailleurs. Si ça va mal, faut essayer de changer les choses ». Faire changer les choses, c’est dans ce but que Julien va finalement accepter se retrouver sur la liste EELV du 7e arrondissement pour les prochaines élections municipales. « L‘appel « Un Nouveau Souffle pour Lyon «  m’a attiré car il a vocation à rassembler plus largement » en vue des élections municipales de 2014. Chaque personne sensible aux idées écologistes et prête à s’engager peut ainsi transmettre sa candidature au parti et être inscrite sur les listes électorales. Comme il se rend régulièrement aux réunions et qu’il est impliqué dans d’autres associations, on a proposé à Julien de faire partie de la liste du 7e arrondissement. « Il y a pas mal de critiques à faire sur EELV, je ne suis pas d’accord avec tout, notamment sur ce qui se passe au gouvernement. Mais en m’inscrivant sur les listes et en essayant de porter ce projet, ça allait aussi m’imposer de m’impliquer peut-être plus que ce que je pouvais faire par le passé. Et puis de découvrir aussi une nouvelle facette de ce qu’est un parti politique et comment fonctionne une campagne électorale »confie-t-il.

L’inéligibilité pour « faire bouger les choses »

Julien est certes sur les listes, mais il est inscrit en position non-éligible. Là où certains à sa place seraient déçus de ne pas être en mesure de conquérir un poste à la municipalité, lui en tire profit. « Je n’avais pas envie d’être élu », explique-il, un petit sourire au coin des lèvres.  « Ne pas être élu, c’est pouvoir faire bouger les choses autrement. La politique est vachement décriée, et quelque part c’est un moyen, sans être élu, de faire changer un peu les choses ». Son inscription sur les listes d’EELV est ainsi un moyen de rendre son nom plus visible au niveau local, de faire connaître ses idées dans son quartier.

« Les enjeux environnementaux doivent être à la racine de la transformation de la société », insiste le trentenaire. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a fait le choix de se rapprocher d’EELV, qu’il considère être le parti « qui a la meilleure compréhension des enjeux environnementaux et de la façon dont ça doit s’articuler au niveau social ». L’autre parti politique dont il se sent proche, le Front de Gauche, ne porte pas assez bien ce projet de société à son sens. Il reconnaît les gros efforts réalisés pour intégrer l’écologie au programme du parti, mais estime que la vision défendue est trop descendante et centralisée. A l’inverse, lui mise avant tout sur le niveau local. Par exemple, pour la transition énergétique, il croit beaucoup plus au caractère décentralisé des réseaux d’éoliennes et de panneaux solaires, plutôt qu’à une entreprise d’État très forte mettant en œuvre cette transition.

L’importance de l’implantation locale

Même s’il est à présent engagé au sein d’EELV, Julien ne néglige pas l’importance de son investissement au sein des associations de son quartier. Il fait ainsi partie de l’association « Ville en transition « , « un collectif de citoyens qui veulent trouver des outils pour réorganiser la société face au changement climatique ». Grâce à cette implantation locale, Julien espère pourvoir faire le lien entre le projet des citoyens et les initiatives des politiques et des associations. Un moyen également de rendre plus visibles des initiatives en faveur du développement durable qui ont émergé dans le quartier de la Guillotière.

 Après avoir suivi une formation auprès d’EELV visant à construire un discours cohérent entre tous les militants écologistes, Julien pourra mener une campagne dans son arrondissement. Même si toutes les actions qu’il mènera avec ses camarades ne sont pas encore définies, il sait que « tractage, sorties d’école, marché et porte-à-porte » constitueront son quotidien. « Aller à la rencontre du quartier », telle est la mission qu’il s’est donnée. « En position éligible, ils sont peutêtre plus impliqués et peuvent faire le relais avec le Grand Lyon, mais nous [les non-éligibles], on peut rester focalisés sur le quartier. C’est important ». Julien est avant tout un militant de terrain et en est fier. 

*Le nom a été modifié

Audrey Sérandour, Gauthier Auverlot et Alexis Patri

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