Les idées changent, les équipes restent ?

Les élections municipales, en cas de changement de majorité, affectent bien évidemment la vie des citoyens. Mais il est un quotidien encore plus bouleversé, c’est celui du personnel d’administration des mairies. Rencontre avec un directeur général des services.

Programmes, promesses des candidats, petites phrases, la campagne bat son plein et les Lyonnais commencent à percevoir ce que chacun leur réserve en cas de victoire. Une projection dans l’avenir plus difficile pour le personnel administratif des mairies centrale et d’arrondissements.

Lors d’un changement de couleur politique dans une mairie, certains postes peuvent, en effet, être amenés à être remplacés ou parfois même supprimés. La majorité des fonctionnaires municipaux est titulaire d’un statut national de la fonction publique, ils ne peuvent donc pas être licenciés lorsque le maire change. En revanche, les autres types de contrats comme des CDD et les différents postes de vacataires, sont plus soumis aux changements. Mais ceux qui pâtissent le plus des changements de maires et de partis, sont les personnes occupant les postes plus politisés. C’est à dire toutes les personnes qui mettent à exécution la politique du maire, les membres du cabinet et le directeur général des services. C’est la fonction de Jean-Yves Girier.

« Le directeur général des services est le plus exposé »

Jean-Yves Girier, actuel directeur général des services (DGS) de la mairie du 3ème arrondissement de Lyon a vécues différentes transitions dans sa carrière et notamment lors de son entrée dans le 3ème en 2008, après un revirement politique à gauche. Le directeur général des services est la personne qui met en place les politiques souhaitées par le maire et son cabinet. Il a le rôle de coordinateur entre les différentes instances de la mairie, que ce soit entre le maire et ses élus, mais aussi entre toutes autres branches qui constituent l’exécutif d’une mairie.

La première transition qu’il ait vécue était à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, où en 2001, la municipalité est passée à droite: « en tant que DGS c’est la règle, on a le droit de rester en poste pendant 6 mois, cela se passe différemment en fonction de comment l’on gère le politique. » mais il stipule que lui a décidé de quitter volontairement son poste.

Ainsi, contrairement à lui, le directeur général des services techniques (DGST), a bénéficié de la loi prévoyant une protection de l’équipe du maire précédent, qui lors d’un changement, les autorise à rester en place jusqu’à six mois après les nouvelles élections. Cependant, « en réalité il faut partir », comme l’insinue M.Girier, cette loi reste souvent purement théorique.

Ces postes sont soumis à une grande ambivalence: le profil administratif du directeur général des services et de l’équipe du maire, permet cependant de faire ponctuellement abstraction des orientations politiques de chacun, car « ces postes restent très administratifs ». Pour autant, selon M.Girier ,  « le politique commence avec le directeur général des services » puisque c’est lui qui coordonne l’exécution des politiques annoncées par le maire.

 Le parcours de Jean-Yves Girier illustre bien cette ambivalence.

Malgré son parcours, susceptible de l’avoir fortement politisé, puisqu’il est issu de l’Institut d’Etude Politique (IEP) de Lyon et de l’Institut des Hautes Etudes Territoriales de Fontainebleau, il insiste sur le fait que son rôle est purement bureaucratique. En effet, bien que « je sois à la tête de la mise en place des politiques souhaitées, mon travail demande beaucoup d’organisation administrative », oscillant entre pragmatisme pour faire accepter les changement désirés auprès de la population et organisation pour que ceux-ci soient mis en place correctement et que chaque instance fonctionne convenablement, « le DGS joue un rôle essentiel de coordination ».

C’est pourquoi, en 2008, lors du changement, il a trouvé « intéressant de revenir dans l’administration dans l’optique de former une nouvelle équipe, toute neuve et sans expérience » et a décidé de garder en poste Catherine Beguet, précédente et donc actuelle Directrice adjointe des Services (DGAS). Alors que leurs idéologies politiques divergeaient, du fait de ses compétences et étant donné que « son profil très administratif était un atout pour cette mairie un peu vieillissante », son contrat a été renouvelé. Ainsi, bien que le rôle politique de ces postes particuliers soient mis en avant, cet exemple montre bien que l’administratif est tout aussi important pour exécuter dans les meilleures conditions les tâches qui leurs sont incombées.

Après avoir travaillé pendant sept ans pour Gérard Collomb, qui l’avait personnellement nommé directeur de cabinet de la mairie du 9ème arrondissement de Lyon, Jean-Yves Girier explique que « les trois emplois tournants d’une mairie se limitent aux postes fonctionnels que sont celui de Directeur Général des Services, Directeur General Adjoint des Services et Directeur General Services Techniques ».

Un poste fonctionnel a la particularité d’être directement nommé par le maire qui va « choisir la personne qui va diriger les services » et donc mettre en place le plus fidèlement sa politique. Cependant, son champ d’action reste tout de même limité, comme l’explique J-Y Girier avec beaucoup de pédagogie : les nominés doivent appartenir à des « cadres précis, le maire est dans l’obligation que la personne ait des compétences, qu’il soit issu de la territoriale, de l’état et parfois même il peut être, tout en moyennant un niveau de compétence, un contractuel ».

Ainsi, bien que le maire puisse jouir de certaines prérogatives et notamment en matière de recrutement, il se doit tout de même de suivre des lois précises et formelles afin d’embaucher les personnes compétentes pour le seconder. Il est également important de notifier que le poste le plus exposé et le plus politisé au sein d’une mairie, et notamment au sein d’une mairie d’arrondissement reste tout de même très administratif et requiert certaines compétences qui sont imposées au maire lors de son choix, ainsi il ne peut pas choisir « n’importe qui, bien que la bonne entente et la poursuites des même objectifs entre le DGS et son maire soit essentielle » confesse M. Girier.

Cependant, ce type de transitions peut prendre plusieurs formes : que ce soit à Mantes-La-Jolie en 2001, où le DGS à décidé de partir de son plein gré ou que le DGST soit resté le maximum du temps qu’il lui était accordé, ou à Lyon en 2008 où l’ancien DGS de la mairie du 3ème arrondissement a été selon Jean-Yves Girier, « pressé de partir », même si il précise « mais moi je n’étais pas encore la ».

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