Les cantines, un dossier indigeste ?

Face à des dysfonctionnements non résolus depuis longtemps, le problème des cantines scolaires à Lyon promet d’être un enjeu électoral d’importance pour les municipales.

A l'école Berthelot (Lyon 7) "on en a ras-le-bol" !

A l’école Berthelot (Lyon 7) « on en a ras-le-bol » !

11 h 55. Camille, 8 ans et demi, se dépêche de sortir de la classe pour aller manger. Comme bon nombre de ses camarades, elle est rapidement découragée par la file déjà importante d’élèves se pressant devant les portes de la cantine. Tant pis, elle attendra le deuxième service. Une fois à l’intérieur, Camille a trente minutes environ pour déjeuner avant que d’autres élèves, plateau à la main, se pressent au milieu de la salle à la recherche de rares places disponibles. Finalement, elle mangera sa pomme dans la cour de récréation.

Le manque de places dans les cantines multiplie le nombre de services et diminue le temps consacré aux repas. Ils sont avalés à toute vitesse, ce qui ne favorise pas la digestion des enfants, qui sont bousculés pour finir au plus vite. « C’est pas très bon à la cantine, et les dames de service nous crient dessus », se plaint Camille. Un état de stress qui a des répercussions sur la concentration en classe dans l’après-midi. Le manque d’une véritable pause provoque l’énervement et l’agitation.

« Comme les enfants n’ont pas le temps de manger, le gaspillage est vraiment important »,  constate, désolée, une cantinière de l’école Berthelot. Selon les chiffres de la ville*, un tiers des repas est jeté chaque jour sur l’ensemble des cantines lyonnaises. Les personnes qui les encadrent n’ont pas de temps à consacrer pour les sensibiliser à l’importance de goûter à tout et à finir son assiette, et les plateaux sont laissés à moitié finis.

A l’école primaire Berthelot ce ne sont pas moins de trois services et demi qui sont faits entre 12 et 14 heures. « Il y a 189  élèves qui mangent à la cantine le midi, pour seulement 54 places assises », explique Chantal Naudin,  la directrice. En plus des nombreux services, 12 élèves doivent se rendre dans une autre école pour prendre leur repas. Pour l’instant le groupe d’élèves est constitué uniquement d’enfants du CM2, un roulement est mis en place et le groupe change tous les mois. Ces élèves prennent le bus avec deux accompagnatrices. Ces coûts supplémentaires sont payés par la commune et cela se répercute sur le prix unitaire du repas.

Le manque de personnel est une des revendications des grèves à répétition. Un personnel trop changeant, à l’exception de quelques postes fixes, des vacataires recrutés par la ville de Lyon mais difficiles à trouver et à conserver…En effet, le travail proposé est de 8 heures par semaine seulement,  à l’heure du repas. Ce n’est pas suffisant pour la plupart des personnes qui recherchent un emploi, être vacataire ne leur octroie  qu’un travail à quart de temps et un salaire proportionnel, c’est pourquoi beaucoup ne reviennent pas et déstabilisent ainsi l’organisation. Par ailleurs, ces vacataires ne sont pas toujours bien formés pour s’occuper des élèves et les changements récurrents empêchent de créer des liens et des repères pour les enfants. Ces derniers se plaignent de se faire houspiller. C’est à la responsable titulaire de gérer les vacataires et de leur enseigner comment surveiller, comment aider les enfants, comment leur parler, avoir de l’autorité… La norme de sécurité est normalement d’un adulte pour 24 enfants dans les cantines. Pour autant, cette norme est rarement respectée, à l’image de l’école Jean Racine où il n’y a qu’un adulte pour encadrer 45 enfants.

« On n’a aucun poids »

Lors de son deuxième mandat municipal (2008-2014), Gérard Collomb, confronté à l’augmentation de la population scolaire et à une demande croissante d’accès au service de restauration, a introduit le système du self-service dans les cantines des écoles primaires. Une restructuration progressive des locaux techniques a été menée afin d’améliorer les conditions de travail des personnels de cantine. Malgré cela, ces derniers ont multiplié les grèves jusqu’aux vacances d’été et poursuivi à la rentrée. Le conseil municipal a répondu par la signature d’un protocole d’accord avec les syndicats prévoyant la déprécarisation des emplois et l’octroi d’enveloppes budgétaires destinées à financer l’embauche de personnels supplémentaires. Mais ces mesures vont-elles être mises en place d’ici la fin du mandat?

Les associations de parents d’élèves en doutent. A l’approche des élections municipales, le climat est à la prudence voire à l’immobilisme des élus. « Peut-être attendent-ils la nouvelle équipe municipale pour régler à la fois la mise en place de la réforme et le problème des cantines ? »,  s’interroge une mère d’élève. Dans tous les cas, les membres de la PEEP du Rhône, l’une des fédérations de parents d’élèves de l’enseignement public, expriment leur ras-le-bol face à l’absence de réaction visible et efficace de la mairie centrale. « A chaque conseil d’école on se plaint,  l’élu fait remonter l’information, mais ce n’est qu’un intermédiaire qui relaye nos revendications à l’échelon supérieur et à la fin, rien ne se passe, se désole une élue de parents d’élève, finalement même rassemblés en association on n’a aucun poids alors qu’il s’agit du bien-être de nos enfants ».

Des solutions efficaces sans augmenter les impôts ?

Michel Havard, candidat UMP à la mairie de Lyon pense pouvoir apporter des solutions nouvelles. S’il reconnaît volontiers l’efficacité pratique du self-service, il entend surtout réformer le critère de priorité qui régit l’accession à la cantine : à Lyon, un enfant dont les parents ne travaillent pas est prioritaire sur un camarade dont les deux parents travaillent. Inverser « ce système aberrant », explique Damien Gouy Perret son directeur de campagne, permettrait de résoudre le manque de places. Par ailleurs, Michel Havard ne considère pas l’insuffisance des effectifs comme capital mais insiste davantage sur le manque de qualification des employés et « l’intelligence » du recrutement: plutôt que d’embaucher de nombreux vacataires dont la gestion crée des équipes fréquemment modifiées, il propose de signer des contrats à temps plein dont la particularité serait la multiplicité des tâches à effectuer (le ménage le matin, la cantine le midi, la garderie le soir …),  favorisant ainsi une plus grande stabilité du personnel des écoles.

Mais, avec son slogan « Augmenter encore les impôts à Lyon : Gérard Collomb dit oui, Michel Havard dit non ! », on peut toutefois se demander comment le candidat UMP envisage-t-il le financement de ses propositions ? « Il y a eu jusqu’à présent un problème de gouvernance », assure Damien Gouy Perret. L’UMP, si Michel Havard est élu, entend adopter une posture de transparence par la justification des dépenses publiques. L’idée est de fonder le budget municipal sur l’augmentation naturelle de la fiscalité, renforcée par l’accroissement de la population lyonnaise. Ces recettes supplémentaires permettraient d’après l’équipe de Michel Havard, l’établissement d’un budget mieux réparti entre les différents pôles de la vie municipale.

*(cf Lyon capitale)

Maëva Pegliasco, Océane Ginot, Sandy Canet

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