Quelle réponse à la demande d’asile?

La question n’a rien de récent, mais la présence des demandeurs d’asile sous le pont Kitchener cet automne a remis sur le devant de la scène politico-médiatique lyonnaise la difficile gestion des populations en attente de statut légal.

« La question de la demande d’asile ? C’est une vraie usine à gaz ! », s’exclame Brigitte, 50 ans, assistante sociale à Villeurbanne depuis vingt ans. En effet, la France est la deuxième terre d’accueil européenne et le département du Rhône attire particulièrement les demandeurs d’asile. Les chiffres de la préfecture du Rhône sont sans appel. « Le Rhône représente 53 % des arrivées enregistrées en Rhône-Alpes durant le 1er semestre 2013, avec +103 % d’augmentation par rapport au 1er semestre 2012″. Mais qui sont-ils ?

A Lyon ils sont majoritairement européens à 81%, selon une étude du Forum Réfugiés, d’origine albanaise ou kosovare pour la plupart. La classe d’âge la plus représentée, toute provenances géographiques confondues, est celle des 25-34 ans. Pour l’opinion publique lyonnaise, la question de la demande d’asile renvoie immédiatement à l’événement du 18 novembre 2013. Environ 350 réfugiés, majoritairement d’origine albanaise, se sont fait expulser de Perrache dans le deuxième arrondissement.  En amont, tracts et pétitions circulent dans les boîtes aux lettres jusqu’à ce que le Grand Lyon traîne l’affaire devant la justice. Les réfugiés seront majoritairemnt transférés à Oullins. La ville, située dans la banlieue lyonnaise, théâtre de manifestations contre l’installation de ces demandeurs d’asile.

Quelle est leur légitimité?

« Il n’ont rien à faire ici. Ici ni nulle part ailleurs en France », déclare Phillipe Andre, militant Front national, le poing sur la table. Habitant place Carnot, Philippe considère que « seuls les ressortissants des pays avec qui la France est en guerre » peuvent prétendre au statut de demandeurs d’asile. Lorsqu’on lui demande si les réfugiés syriens peuvent prétendre à un statut légitime, un sourire se dessine sur le visage de Philippe et il répond « On est en guerre avec la Syrie ? Je ne crois pas. Alors qu’ils restent chez eux. ». Pour le militant d’extrême droite, les centrafricains auraient plus de légitimité que les syriens, ou les albanais du pont Kitchener.

En réalité la grande question est de savoir  qui  l’on considère comme demandeurs d’asile au sens propre du terme. Cela renvoie à un statut bien particulier défini par l’article  1A.2 de la Convention de Genève de 1951, selon lequel « le terme de réfugié s’appliquera à toute personne (…) qui, (…) craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays. ». Les migrants de l’Europe de l’Est qui cherchent à obtenir le statut de réfugiés politiques, souvent apparentés à des migrants économiques, n’ont guère de chance de voir leur demande aboutir.

Les réponses politiques

Denis Broliquier le maire UDI du deuxième arrondissement de Lyon s’est plaint de la lenteur avec laquelle Gérard Collomb a saisi l’affaire des demandeurs d’asile du Pont Kitchener. Françoise Tachon, mère au foyer résidant rue Victor Hugo rejoint l’avis du maire de la presqu’île : « Quand on a reçu la pétition on a senti que la mairie du deuxième essayait de faire quelque chose de concret, pas comme la mairie centrale ». La pétition dont parle Françoise était une lettre ouverte au ministre de l’intérieur Manuel Valls, rédigée par Denis Broliquier dénonçant le manque d’efficacité du gouvernement face à la question de la demande d’asile. Cette lettre mettait également en lumière une situation « indigne de notre pays et de notre ville [Lyon] […]. Manque d’hygiène, maladie, mise en danger des personnes. Même les associations ne sont plus en mesure de faire face à ces conditions sanitaires inacceptables et inhumaines. ». Enfants pieds-nus sur le bitume, pas d’accès à l’eau courante et cas de galle sont autant d’éléments dont François Tachon a pu être témoin tous les jours : « c’était choquant de voir ces personnes surtout des enfants dans de telles conditions à Lyon et surtout dans le deuxième arrondissement ».

Les associations ont apporté leur aide, mais comme l’a souligné M. Broliquier, elles ont vite été débordées par le nombre de personnes à prendre en charge. Forum réfugiés reste la plus emblématique de toutes se donnant pour but « l’accueil et la protection des réfugiés ».   Elle soutient donc tous les demandeurs d’asile dans leur démarche, quel que soit leur pays d’origine. Médecins du monde est également très active sur Lyon. Il reste cependant très difficile d’obtenir de la part de ces associations des réponses ou des précisions sur la demande d’asile à Lyon. Celles-ci devant faire preuve de prudence lorsqu’il s’agit de communication, en particulier dans le climat actuel.

Même si cet événement ne reflète pas la question de la demande d’asile dans son intégralité, il met cependant en lumière un réel problème local, voire national face. Denis Broliquier dans son projet à la municipalité 2014 du deuxième arrondissement désire « suspendre les domiciliations sur notre agglomérations jusqu’à ce que de nouvelles règles d’accueil soient établies »

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