« Vous trouvez que j’ai une tête front national ? »

Jeudi 5 décembre, c’est à 14h30 qu’Agnès Marion, porte-parole du Front National Rhône, attachée de presse de Christophe Boudot et candidate à la mairie du 7ème arrondissement de Lyon, passe la porte du 1900 place Ampère. Elle revient autour d’un café sur son engagement politique, ses promesses pour la ville de Lyon et la défense des valeurs familiales et françaises.

Dès qu’elle entre dans le café, Agnès Marion est en terrain conquis. Tout en avançant d’un pas assuré elle salue le gérant puis s’excuse du retard. Enthousiaste et déterminée. Après avoir retiré son manteau et retourné Une autre jeunesse de Jean-René Huguenin sur la table, Agnès Marion se présente comme la porte-parole du FN Rhône mais aussi comme une femme de 36 ans, mère de six enfants, bague de fiançailles et alliance à l’appui. A la fois engagée en politique et co-gérante d’une imprimerie située dans le 2ème arrondissement lyonnais au côté de son mari.

« Lyonnaise d’adoption » elle a su se montrer active pour faire sa place au sein du parti. Originaire d’Avignon, elle est arrivée dans la région Rhône-Alpes pour ses études alors qu’elle n’avait que 18 ans. Après avoir intégré une classe préparatoire Hypocagne à l’école des Maristes, elle se dirige vers des études de Lettres classiques puis s’intéresse à l’Histoire de l’Art. Enseignante vacataire dans le secondaire, elle est ensuite pigiste pendant plus de deux ans pour Les Sœurs du Rhône, un journal issu de la Résistance. C’est en épousant son mari, qu’elle a conclu son alliance avec la ville de Lyon dans laquelle elle réside depuis maintenant dix-huit ans.

Le Front National, une évidence

Issue d’une famille où tout le monde parle politique régulièrement son intérêt pour ce domaine ainsi que son implication en politique s’est fait « tout naturellement ». Native du Vaucluse où le Front National est fortement sollicité, son attachement au parti lui a semblé être une évidence. L’adhésion de couple n’était qu’une simple étape; elle qui, avec un sourire, avoue sa loyauté pour un “parti dans lequel je crois depuis toujours”. Après des années de soutien à Jean-Marie Le Pen, elle suit aujourd’hui la nouvelle figure du FN en soulignant qu’un changement d’image n’a jamais entrainé un changement d’idéologie.
Être candidate aux prochaines élections municipales à Lyon est pour elle une suite logique à sa carrière politique. Comme elle le dit « il y a une forte importance de la méritocratie au sein du Front National », l’engagement et le soutien pour le parti permettent d’accéder à des postes à responsabilité. La porte-parole se porte alors candidate pour la mairie du 7ème arrondissement de Lyon après l’approbation de Christophe Boudot. C’est un quartier qu’elle a elle-même choisi, celui qui lui a permis de découvrir Lyon. Pour elle, ce secteur est équilibré « par la présence des facultés et la plaine entreprenante de Gerland ». Si elle représente un parti d’opposition, elle paraît lucide quant à sa possible succession à Jean-Pierre Flaconnèche, actuel maire PS du 7ème. Pour elle, la loi PLM a créé une complexité, l’élection de listes par arrondissement se fait finalement noyé sous la gestion de la mairie centrale. Les mairies d’arrondissements ne feraient que d’après elle que « remonter les informations, ce n’est finalement pas le maire du 7ème qui fait la politique du 7ème ».

Le Vivre Ensemble

La candidate revient sur un aspect qui lui tient à cœur, le communautarisme, qu’elle décrit comme de plus en plus présent dans la ville et précisément dans cet arrondissement. Pour elle, l’aspect communautaire, avec une réelle diversité culturelle « a certes un côté folklorique, mais les habitants se sentent dépossédés de leur ville ». Elle cite pour exemple la construction de la porte dans le quartier chinois proche de la Guillotière, qui va à l’encontre de sa vision du « vivre ensemble ». Elle ajoute « soit le vivre ensemble est un vain mot et on arrête de l’employer, soit on s’y engage et on le défend réellement. La République est Une et indivisible ». C’est pourquoi la première mesure qu’elle prendrait en tant que maire serait un audit financier des diverses associations, pour assurer une transparence totale à ses concitoyens.

Au-delà des fondamentaux scolaires, retrouver les fondamentaux français

Quand la question des rythmes scolaires est posée, Agnès Marion dévoile un avis très tranché. Pour elle cette réforme « est purement cosmétique, qu’on le fasse ou pas ». En tant que mère de 6 enfants, elle soutient « qu’il est grand temps de s’attacher au contenu des programmes » et à un retour aux fondements, aux priorités : savoir lire et écrire. “J’ai moi même pu constaté les dégâts en tant qu’enseignante, où, en 6ème, j’ai dû faire le travail d’un instituteur de CP en réapprenant à lire à un élève. Je ne vais pas dire qu’il ne fera rien de sa vie, mais en tout cas il subit une forte réduction de ses possibilités de choix pour l’avenir”. Aujourd’hui, selon elle, l’école produirait des gens compétents qui ont une valeur marchande, des bons outils pour les entreprises mais des personnalités sans valeur critique.
Dans la lignée des projets de Christophe Boudot, elle souhaite instaurer des référendums d’initiative locale, ainsi que plus de consultations citoyennes pour restaurer un lien entre le politique et les citoyens administrés. Ainsi, cela redonnerait aux Lyonnais un droit de regard sur l’organisation et la gestion de leur ville. Selon elle, les citoyens sont confrontés au communautarisme, et font face à un pouvoir qui leur échappe de plus en plus. Le projet de métropole lyonnaise prévu pour 2014 accompagné d’un éloignement décisionnel est une menace. Face à ce partage visiblement non consenti, les Lyonnais ne peuvent que se sentir « impuissants« , ou encore « démunis » devant la gestion des problèmes de la vie quotidienne.
Elle s’attaque à la politique menée par Gérard Collomb à la mairie centrale de Lyon. Elle évoque une mauvaise gestion des logements et trop de SDF dans les rues et son incompréhension devant la gérance des camps Roms dans l’agglomération. « Le sénateur-maire méprise les effets dont il chérit les causes » en défendant l’espace Schengen puis en s’évertuant à trouver une solution à l’hébergement des Roms. « La politique doit s’occuper des nôtres avant les autres. Pour moi c’est un principe de bon sens que tout le monde applique ».

Agnès Marion prête une attention plus ou moins dissimulée à l’image controversée qui colle à son parti. Car si comme elle le dit « la démocratie ne fonctionne que si le pouvoir s’incarne », son visage se doit de refléter ses idées pour une réelle transparence sur ses visées politiques. Elle clôturera l’entretien en ironisant sur l’image des dirigeants frontistes « Alors, vous trouvez que j’ai une tête front national ? ».

Sarah Rietsch, Laëtitia Duchamp, Salomé Ietter.

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