Les lionceaux rentrent dans l’arène : rencontre avec quatre jeunes militants.

Le compte à rebours est lancé. Plus que 150 jours avant le premier tour des élections municipales. Entrevues croisées pour mieux comprendre les enjeux de la campagne municipale lyonnaise 2014.

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C’est le téléphone à l’oreille qu’Erwan nous a rejoint dans un café de la presqu’île. Le responsable jeune de la campagne de Michel Havard nous fait signe d’attendre un petit moment qu’il finisse sa conversation téléphonique. Actuellement Erwan est très occupé, la campagne de l’UMP a démarré depuis la victoire de Michel Havard aux primaires UMP lyonnaises le 9 juin dernier. Entre le tractage régulier, les réunions et leur forte mobilisation sur les réseaux sociaux, l’UMP ne prend pas « le temps de souffler » explique Erwan. Ce dernier revient tout juste d’un tractage sur le marché de Jean Macé, l’UMP étant le premier parti à s’être lancé officiellement dans la campagne municipale de 2014.

Stratégie de campagne au GRAM

Ce n’est pas le cas pour tous les partis, en effet le Groupement de Réflexion et d’Action Métropolitaine (GRAM), né à la suite d’une rupture entre Melzieux (candidat officiellement soutenu par le PS) et Brayard (candidat introduit par G. Collomb) durant la dernière élection législative en juin 2012 n’en est pas encore à ce stade. C’est décontracté que Julien, militant au sein de cette association, raconte comment se déroule la mise en place des stratégies de la campagne du mouvement mené par Nathalie Perrin-Gilbert. Cette association propose une alternative à gauche contre l’actuel maire de Lyon. Actuellement, la campagne menée par le GRAM se résume essentiellement à des réunions de réflexions publiques ouvertes à tous les acteurs de la vie lyonnaise sur des grandes thématiques. La dernière réunion publique en date portait sur l’éducation au sein de la métropole lyonnaise. La campagne du GRAM attend « pour réellement décoller » de savoir si une « union de gauche », souhaitée par le GRAM sera acceptée par le Front de Gauche. Cédric, militant du Parti de Gauche confirme que les débats actuels au sein de son parti concernent cette possible alliance. C’est la raison pour laquelle le PG ne « s’est pas encore lancé officiellement dans la campagne ». Cet étudiant en deuxième année de science politique expose cette situation de « flottement » interne au parti. Par ailleurs, le 26 octobre, le Parti Communiste a voté une alliance pour le Front de Gauche contre Gérard Collomb. La même problématique se pose pour Valentin, militant MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes). A l’instar des deux autres militants, son rôle consiste pour le moment à organiser des débats et tracter en faveur du maire sortant, officiellement soutenu par le MJS depuis octobre dernier. Ce jeune étudiant encarté au MJS depuis quatre ans a de ses propre dires « hâte que la campagne soit vraiment lancée ».

« Ils nous prennent pas tous au sérieux »

 « Pendant la campagne, il n’y a plus que ça qui compte ! Les cours c’est après » confie Valentin, le jeune militant MJS. Tel est le leitmotiv des jeunes militants interviewés. Pourtant, aucun d’entre eux, néglige totalement leurs études. Cette dynamique commune à tous les jeunes militants investis dans la campagne est largement appréciée par les militants à temps plein. La maîtrise des réseaux sociaux, la facilité de contact, la motivation et l’énergie déployée par ces jeunes sont tant de qualités indissociables de la tenue d’une bonne campagne. « On est plein à être motivés pour la campagne, ils nous prennent pas tous au sérieux, mais au final on fait aussi bouger les choses » explique le jeune militant du front de gauche, Cédric. En effet, faire des études implique un certain nombre de contraintes au détriment de leur volonté d’engagement. Partir avant la fin des réunions et ne pas être entièrement disponibles pour des actions en semaine rendent l’investissement des jeunes parfois sous-estimé par leurs camarades. Face à cet engagement minoré, ils avouent « tout donner et redoubler de motivation » pendant leurs activités au sein du parti. Dès janvier, comme l’explique Cédric leur mobilisation va prendre une plus grande ampleur en laissant, pour quelques temps leurs études de côté ; « On essaie quand même d’assurer un minimum pour notre semestre, mais en vrai on fait comme on peut ».

Malgré ces contraintes évidentes, les jeunes militants gardent une place stratégique pendant la campagne. Mis en avant lors des meetings, présents dans les rues, en contact permanent sur le terrain les jeunes contribuent à alimenter une certaine image des partis : dynamique, attractive et moderne. Face au « tous les mêmes » les jeunes essaient de redorer l’image de leur parti. C’est ce que pense Erwan «On voit bien que les gens sont agréablement surpris quand ils nous voient tracter le dimanche matin, ils s’attendent peut-être à voir des gens plus âgés, plus habitués dans un sens ».Les jeunes militants des partis politiques ont donc une place primordiale dans la campagne, et décryptent volontiers les enjeux et alliances de celle-ci.

Une campagne agitée

 Comme toute campagne, les élections municipales de Lyon seront animées. Pour autant, les quatre militants s’accordent pour dire que cette élection devrait être assez courtoise entre Havard et Collomb. Valentin précise que « Havard est le candidat le plus intelligent à droite » et que « la bataille risque d’être équitable » entre les deux hommes politiques. Pour le militant MJS, « si tensions il y a, elles seront plutôt en interne ». Les entretiens ont révélé une certaine anxiété de la part des militants de la gauche lyonnaise quant aux divisions qui rythment la campagne. Cédric estime que « les pratiques politiques de Collomb peuvent représenter un frein à une future victoire pour le candidat du PS ». C’est la raison pour laquelle Nathalie Perrin-Gilbert (PS) se présente face à l’actuel maire. Elle souhaite « fédérer les oubliés de Lyon » et rendre le conseil municipal plus « démocratique ». Le risque de ces divisions à gauche est de contribuer à une percée fulgurante de la droite de M. Havard dans un contexte de défiance actuel envers François Hollande et son gouvernement. Ces divisions sèment actuellement le trouble sur les stratégies. Pour autant, selon Julien, « malgré une campagne qui s’annonce corsée, la gauche sera unie au soir du premier tour ». Pour lemilitant, la politique du GRAM est d’élire un candidat de gauche dans une vision «tout sauf la droite ».

« Gérard Collomb est trop bien implanté »

Bien que n’étant pas encore officiellement en campagne, Gérard Collomb, le maire sortant fait pour les quatre militants interrogés figure de favori. Les récents sondages vont dans ce sens, accréditant le sénateur-maire de 57% des voix au second tour de l’élection face à Michel Havard. Pour Cédric, « Gérard Collomb est trop bien implanté , il dispose d’un électorat et d’un réseau militant puissant ». En témoigne la liste de soutiens « Acteurs de la ville » composée de 1000 personnalités de la vie lyonnaise qui militent pour un troisième mandat. Pour Erwan cependant, les « divisions au sein de la gauche lyonnaise et les bons échos qu’il rencontre sur le terrain sont des motifs de satisfaction, qui peuvent permettre une victoirepour son candidat », « Comme toute campagne, elle se jouera dans les urnes ». Il est encore trop tôt pour juger une éventuelle victoire pour l’un des deux principaux partis nationaux.

 Un avenir dans la politique ?

 Pour certains jeunes militants, l’investissement dans une campagne municipale peut être considéré comme un tremplin pour leur future carrière politique. C’est le cas de Cédric qui affirme « continuer ma carrière le plus loin possible ». Cette expérience leur permet de s’immiscer dans la sphère très sclérosée de la politique, et de se créer un réseau non négligeable. À l’inverse, Valentin ne souhaite pas faire de son engagement et de ses idées politiques une profession, « Je veux continuer à suivre la politique , mais seulement comme un citoyen engagé ». À plusieurs reprises les jeunes militants ont fait part de leurs interrogations quant à la place des jeunes dans les partis politiques : vont-ils continuer à faire partie d’une dynamique, ou seront-ils des acteurs à part- entière ? Erwan nous explique « Avec l’ampleur et l’importance que prends les réseaux sociaux dans une campagne et notre connaissance de cet outil, notre génération devient de plus en plus utile et certain partisans plus âgés nous demande souvent des conseils ». Les jeunes militants peuvent se faire une place qui leur est propre sans être considérés comme une menace. Leur participation à la campagne municipale de Lyon constitue un apport très important dans leur parcours politique et ils en sont conscients « c’est vrai que participer à une telle campagne c’est pas rien ! Au delàde ça on rencontre plein de gens, c’est super enrichissant humainement » explique Julien.

Même si ils ont des opinions politiques divergentes, ils rencontrent les mêmes contraintes au sein de leurs organisations respectives mais également la même dynamique, le même engouement, la même joie et surtout la même passion afin d’apporter leur pierre à l’édifice et de sortir leur griffes pour cette bataille qui s’annonce féroce.

                                                                                   Ken FERNANDEZ et Alban FERREIRA.

 

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