Le match des municipales à Lyon se joue au centre

Avec trois candidats revendiquant une position au centre, la mairie de Lyon se joue en milieu de terrain. Gérard Collomb, Eric Lafond et Michel Havard sont les représentants les plus marquants de cette tendance.

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Gérard Collomb est sans doute le candidat qui assume le moins son étiquette politique. En effet, le logo du Parti Socialiste a disparu de ses tracts et de ses affiches du campagne. Le maire sortant semble vouloir éviter qu’on le rapproche d’un gouvernement Ayrault extrêmement impopulaire. Fait exceptionnel, sur un total de 221 personnes présentes sur ses listes, plus de la moitié ne sont pas adhérentes au parti Socialiste. La tête de liste du 5ème arrondissement, Thomas Rudigoz, a même soutenu Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal en 2007.

Tous les centres sont dans la nature

Du côté de Michel Havard, les têtes de listes sont également hétéroclites et proches du centre : on compte en effet quatre candidats qui se présentent sous l’étiquette UMP, trois adhérents à l’UDI et deux qui se présentent sur le site de campagne du candidat de droite comme étant issus de la société civile. Il est également intéressant de souligner que les noms des listes, “évidemment Lyon” et “Génération Lyon” ne font pas référence aux familles politiques respectives des deux principaux candidats à cette élection municipale.

Le centriste Eric Lafond, suspendu du Modem en 2012, n’est pas encarté, il n’est donc pas surprenant de retrouver une très grande variété de profils parmi ses têtes de listes : Des anciens du parti de Bayrou ou des personnes issues de formations centristes plus confidentielles, comme Alternative Libérale. On retrouve aussi des chefs d’entreprise et des membres de milieux associatifs qui ne déclarent pas se sentir proche d’un parti politique en particulier. Cette apparente saturation de l’espace du centre politique lyonnais n’est pas le fruit du hasard.

Une ville au centre depuis toujours

Les liens entre Lyon et le centrisme sont singuliers : La ville oscille entre héritage historique et situations politiques spécifiques. Cette tradition centriste résulte à la fois des marques laissé par les différents maires et de la situation socio-économique de la capitale des Gaules. On ne peut oublier la figure du maire Édouard Herriot, présent pendant un demi-siècle jusqu’en 1957. « L’image ‘centriste’ de Lyon tient principalement à deux aspects liés à Herriot : son investissement dans le parti Radical, qui lui-même passe de partie de l’aile gauche à un [parti recentré] dans la première moitié du XXe siècle, et la longévité de ce maire dans la ville » confie Gilles Pollet, Directeur de Science Po Lyon.

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La liste de ces maires se caractérise par un ensemble d’élus se distanciant de la politique nationale. Cela est visible avec l’investiture de Louis Pradel en 57, candidat indépendant anti-gaulliste, jusqu’aux différents maires de la ville de Michel Noir à Raymond Barre. Plus qu’une tendance politique, c’est la promotion d’une forme de modération qui est un des piliers du centrisme. Lyon, ville de commerce à la confluence de différents grands axes d’échanges, cumule deux bourgeoisies : « l’une traditionnelle et catholique, descendant du commerce des canuts, et l’autre, plus récente, incarne un patronat plus novateur et moderne » ajoute M.Pollet. La modération permet la synthèse de ces deux bourgeoisies sans pour autant délaisser l’une ou l’autre.

Le centrisme devient donc une stratégie électorale et politique : dans un premier temps pour ne pas s’aliéner la classe patronale, et dans un second temps pour s’écarter des extrêmes et de ce qu’ils incarnent. La figure du centrisme permet donc de mobiliser de grands thèmes chers à l’histoire lyonnaise (entrepreneuriat, industrie, développement, défense des propriétaires…) tout en incarnant la tradition politique de la ville.

Plus récemment, lors des dernières élections municipales en 2008, le Modem voulait montrer « la nécessité d’un centre indépendant à Lyon » selon la formule de M.Lafond, qui était alors soutenu par François Bayrou. Les péripéties qui en résultèrent entraînèrent la division du parti centriste lyonnais, avec le ralliement des listes de Collomb pour certains et du candidat UMP Dominique Perben pour d’autres.

Cette proximité politique s’accompagne d’une proximité programmatique, les trois candidats se rejoignent en effet dans de nombreux domaines.

Une convergence des programmes

Dans un premier temps, l’entrepreneuriat et le dynamisme économique sont quelque unes des pierres angulaires de la campagne et parmi les thématiques les plus utilisées par nos trois ‘centristes’. On le voit dans les positions de Michel Havard, et son Small Businnes Act, qui définit « les PME, PMI et ETI [comme] le vecteur principal de la croissance et de l’emploi. »

Le candidat Lafond lui, met un point d’honneur à valoriser le petit patronat , en évoquant «  Lyon, ville des entrepreneurs ». Gérard Collomb, quant à lui, la définit sobrement comme « ville de l’entrepreneuriat ». Dans ces formulations les candidats s’inscrivent dans la tradition centriste, réutilisant la défense d’une France ‘des petits propriétaires’ et ‘des petits patrons’.

Le deuxième point commun important entre les trois hommes réside dans l’aménagement du territoire, et plus spécifiquement dans les problématiques liées aux transports. Favoriser les transports publics et le désengorgement sont certaines des questions les plus débattues de la campagne, chacun prônant la mise en place de nouvelles lignes, faisant l’éloge du cyclisme ou de la mise en place de parcs relais. Ils y a convergence au ‘centre’ à faire du transport un des enjeux majeurs dans la course à la mairie. Si Lafond met en avant son projet d’aérotram, Havard souhaite une ligne de métro Saint-Paul/Part-Dieu et Gérard Collomb quant à lui souhaite connecter l’Ouest Lyonnais en reliant Tassin et Vieux Lyon. L’objectif, c’est l’alternative à la voiture et décongestionner les lignes les plus fréquentées, mais aussi de fédérer les électeurs derrière une problématique qui les concerne tous.

DEBERNARDI Rémi

TOESCA Joris

JUNOD Romain

Photos, Victor Lacroix

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