Police municipale : quelles évolutions sur l’armement après les élections ?

Une victoire de Michel Havard aux prochaines élections municipales pourrait satisfaire les syndicats de policiers municipaux lyonnais qui demandent à être équipés de pistolets. Mais le flou reste omniprésent. 

Crédits: Jean-Louis Zimmermann. Modifié.

Crédits: Jean-Louis Zimmermann. Modifié.

Gérard Collomb s’y est toujours opposé, Michel Havard pourrait le faire. Depuis le mois d’octobre, les équipes de l’Unité Mobile d’Intervention (UMI) et du Groupe Opérationnel Mobile (GOM) de la police municipale lyonnaise disposent d’un Flash-Ball par patrouille. Mais si Michel Havard remporte les élections du 30 mars prochain, c’est d’un armement bien plus poussé dont pourrait être équipée la police municipale. En effet, la tête de liste « Génération Lyon » indique dans son programme que les policiers municipaux « seront armés (armes de 4e catégorie), après une formation très approfondie, pour pouvoir garantir leur sécurité ».

Mais ce terme de « 4e catégorie » entretient une ambiguité. Cette dernière regroupe à la fois les pistolets à impulsions électriques (Taser), les pistolets à balles réelles et certains types de Flash-Ball. On se retrouve alors devant un important éventail de possibilités, qui comprend aussi bien la situation actuelle que les propositions du Front National concernant le sujet : Christophe Boudot, le candidat FN à la mairie centrale, envisage d’équiper les policiers de taser. Par ailleurs, ces propositions rejoignent celles du syndicat CFTC-Police Municipale de Lyon. « Les Flash-Ball ne sont pas suffisants. Il y a un danger partout, et il faut armer les policiers municipaux » estime Thierry Vernoux, vice-président du syndicat. Il considère que la solution pour protéger les policiers réside dans l’équipement d’un pistolet à balle réelle et d’un pistolet à impulsion électrique pour chaque fonctionnaire.

Un véritable changement par rapport au système actuel

Michel Havard et le CFTC-Police Municipale seraient-ils alors sur la même longueur d’ondes ? Pas vraiment, si on en croit Damien Gouy-Perret, son directeur de campagne. Selon lui, le candidat de droite aurait « pris cette décision après avoir rencontré les policiers municipaux et les syndicats » : seuls les policiers municipaux travaillant la nuit et le demandant pourront disposer d’un Flash-Ball. Si un tel scénario représente un véritable changement par rapport au système actuel (15 Flash-Ball pour 335 policiers), nul doute que la déception serait de mise pour un syndicat qui affirme que la grande majorité de la profession est en accord avec lui, comme le précise Thierry Vernoux : « on a fait des sondages internes et 80% des policiers municipaux veulent être équipés d’une arme ».

Quelques semaines avant les échéances électorales, on ne peut cependant pas dire que Michel Havard fasse figure de personnage modéré en ce qui concerne l’armement des policiers municipaux. Si Gérard Collomb défend le système actuel qui consiste à armer d’un Flash-Ball les équipes opérant dans des quartiers dits sensibles, la position d’Étienne Tête diffère. Le candidat EELV à la mairie centrale considère que les policiers municipaux ne devraient disposer d’aucune arme. Il tient un regard très critique envers le dispositif actuel : « je pense que la police municipale se comporte mal ». Il explique que la police municipale cherche à remplir les mêmes objectifs que la police nationale, en se voyant transférer des compétences qui l’éloignent de son rôle initial de police de proximité. Et, pour l’ancien adjoint de Gérard Collomb, c’est cette confusion entre les deux polices qui a entraîné l’émergence de la question de l’armement. « On n’est pas non plus aux Etats-Unis » dit-il, en ajoutant que la violence entre policiers et délinquants est exagérée.

« Une pure stratégie électoraliste »

Si les propositions des personnages politiques pro-armement viennent en effet d’une confusion entre police nationale et municipale, cela pourrait-il témoigner d’une méconnaissance du système policier de leur part ? Pour Laurent Mucchielli, sociologue spécialisé dans les questions de délinquance et de sécurité, « c’est une pure stratégie électoraliste » qui s’ajoute à d’autres mesures de « surenchère sécuritaire ». Les principes de la police municipale seraient aujourd’hui incompris, au grand dam de la population dont l’attente « n’est pas de rencontrer Robocop, mais des policiers à l’écoute, avec qui on peut parler des problèmes de sa vie quotidienne ». Le chercheur ajoute qu’en plus d’être en désaccord avec la mission initiale de la police municipale, un armement des fonctionnaires aurait un effet contre-productif à leur protection : « l’escalade de l’armement, c’est rentrer dans un rapport conflictuel et violent à la population ».

Avec une grande diversité d’analyses et d’arguments, l’armement des policiers municipaux est un sujet qui divise. Et qui sera certainement tranché par la personne assise dans le bureau de l’Hôtel de Ville durant les six prochaines années.

Arthur Gaillard

Léa Germain

Tadeusz Roth

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