L’exploration urbaine : immersion sous la face cachée de Lyon.

Depuis quelques années, une nouvelle pratique se développe : « l’Urbex ». Contraction de l’anglais Urban Exploration, soit exploration urbaine. La « cataphilie », exploration des souterrains, est a l’origine du développement de cette pratique mais les « urbex » ou « urbexeurs » sont pour la plupart venus à la « cataphilie » sur le tard, après avoir commencé par visiter des lieux abandonnés ou difficilement accessible et peu fréquenté. Quelle est la réalité sur l’exploration de cette face cachée de nos villes ? Immersion.

 

Fort de Loyasse

Fort de Loyasse


À peine sorti du parc des hauteurs, où nous avons rejoint notre contact Jérôme, charpentier le jour, explorateur la nuit, nous sortons des sentiers battus pour nous diriger vers un imposant fort de l’ouest lyonnais. Après nous êtres glissé sous la grille d’entrée, rongée par le passage d’anciens explorateurs, nous avançons vers l’entrée des galeries sous terre, constatant le chemin escarpé qu’ouvraient des barreaux tordus d’une porte à demi ouverte, témoin de la popularité du lieu.

Nous nous engouffrons dans la bouche inquiétante des souterrains du fort de Loyasse, et nous laissons imprégner de l’odeur humide et du parfum de calcaire du site. Notre visiteur nous dit qu’il est « un des sites les plus visités par la communauté cataphile de la région ». Cela s’explique certainement par le fait que l’entrée est visible, et qu’il n’y a pas besoin des cabrioles que notre mystérieux guide utilise pour aller sur d’autres terrains plus difficiles d’accès.

 

Entrée des souterrains du fort de Loyasse

Entrée des souterrains du fort de Loyasse

« Le fort de Loyasse, pas un cas isolé »

 

Alors que nous progressons de plus en plus profondément dans la terre, descendant un interminable escalier nous menant à la pièce la plus basse de la bâtisse, la lumière s’éteint peu à peu pour ne laisser place plus qu’aux lampes frontales ou autres éclairages de fortunes. « Un des plus beaux endroits de Lyon, délaissé par la mairie » nous confie Jérôme. Le fort, construit dans les années 1840, témoigne de l’héritage militaire de la ville. De défense contre l’empire d’Autriche, il devient un point stratégique de la ville pendant la Grande Guerre, et un des locaux allemands pendant l’occupation.

 

Hall du Fort de Loyasse

Hall du Fort de Loyasse


Avançant jusqu’au bout d’un long couloir, la lumière finissante du jour commence à nous aveugler quand nous arrivons proches des fenêtres des anciens lieux de garde. Les intérêts historiques du site paraissent indéniables, « c’est beau, c’est une trace de l’histoire, c’est aussi pour ça qu’on vient au fort de Loyasse, et dans d’autres endroits, ce n’est pas un cas isolé, c’est l’État qui délaisse sont héritage » précise notre ami explorateur. 
Il s’agit d’une pratique d’abord clandestine menée par quelques passionnés qui s’est popularisée, attirant de nouvelles générations.

 

Une exploration aux multiples facettes


Nous quittons alors l’excavation pour pénétrer dans la construction en elle-même. Le fort n’est maintenant plus que l’ombre de ce qu’il était, un assemblage de murs au milieu de décombres et d’éboulements. « L’Urbex, on pense que c’est que des catacombes, mais ce qu’il y a de plus accessible c’est aussi les friches [ndlr des bâtiments abandonnés] » explique Jérôme. La pratique comme il nous l’explique est diversifiée. Le choix des lieux varient, ces « spots » comme les « urbexeurs » les nomment, ne sont pas exclusivement souterrains.

 

« Les souterrains, ça attire, c’est mystérieux, presque mystique même, mais il y a plein d’autres aspects » ajoute-t-il. Effectivement, de nombreux adeptes s’intéressent à « l’urbex » dans trois principaux milieux : sous terre, sur terre et en l’air. Sur terre la pratique de « l’urbex » englobe donc également à présent la visite des traboules et autres espaces fermés, ou bien encore de lieux tels que châteaux en ruines, prisons ou hôpitaux désaffectés, ainsi que des hangars ou usines abandonnées.

 

vue de l'Hôtel Dieu

vue de l’Hôtel Dieu

Après quelques mouvements d’escalade, nous nous hissons sur la toiture. Entre chien et loup, nous dominons l’ensemble de Vaise, la Duchère, au milieu de l’ensemble de l’Ouest lyonnais. Miist en profite alors pour nous énumérer ses faits d’arme : « l’hôtel Dieu, la tour Crayon, la basilique… » et bien d’autres, l’exploration urbaine c’est aussi dans les airs. On appelle ces passionnés également « toiturophiles » ou « stégophiles ». En prenant d’assaut les toits de nos cités, les explorateurs cherchent ainsi à découvrir les villes sous un autre angle. Cette vision panoramique, du haut de toits d’immeubles, de tours ou bien de bâtiments historiques ou religieux, est accessible par le biais échafaudages de travaux ou bien à force d’escalade murale. Avec les airs, la terre et les sous-sols, les  « urbexeurs » découvrent donc les villes sous toutes leurs coutures.

 

vue de fourvière

vue de fourvière

Une pratique limitée et encadrée


Le principal reproche qui est fait aux urbex est de publier sur Internet des photographies beaucoup trop explicites, qui dévoilent l’accès des souterrains. De nombreux « spots » sont aujourd’hui considérablement endommagés, couverts de graffitis. Pour Neuro, « la dimension éthique se perd ». « plus un lieu est fréquenté, plus il est dégradé. »


La municipalité, principalement pour des raisons de sécurité, a toujours cherché à empêcher, ou du moins à restreindre cette pratique.
La commission des Balmes, créée en 1930 suite aux éboulements de Fourvière, met en garde contre les dangers qui menacent les explorateurs souterrains : mauvaise chute, effondrements… Autant de mesures qui visent à décourager, mais stimulent également le goût du risque et de l’interdit.

 

Tag "le prisonnier" du Fort de Loyasse

Tag « le prisonnier » du Fort de Loyasse

Samy Rabih, secrétaire de l’OCRA Lyon, association dédiée à la protection et la mise en valeur du patrimoine souterrain, est critique, mais se montre relativement compréhensif. L’OCRA est la face légale de la « cartophilie ». Un petit réseau d’anciens explorateurs qui ont décidé de se monter en association, pour tenter de protéger les souterrains. Aujourd’hui, le risque est réel de voir se perdre une partie du patrimoine souterrain lyonnais. Sauf que les « urbex » seraient loin d’être les seuls en cause. Leur jeu du chat et de la souris avec les autorités dure depuis longtemps déjà mais la démocratisation des exploration a mis en péril se fragile équilibre.

 

Des créations en parallèle

 

Cette quête de lieux est souvent motivée par la volonté de trouver une vision originale de ces spots en jouant sur les couleurs ou l’atmosphère atypique qui y règne. « Les lieux, je les connais, je les ai fait et refait » nous ajoute Jérôme, maintenant, il vient pour la bonne photo. La photo permet aux explorateurs de cultiver le goût pour cet art et de s’approprier les lieux de manière original, avec notamment le lightpainting, jeu de lumière capturé en image. Par la suite, dû au développement de ces pratiques, d’autres utilisations des lieux se sont mises en place, telles que des concerts ou bien encore des tournages, qui tirent profit de ces décors originaux.

Liberté au Light-Painting

Liberté au Light-Painting

Nous avons pu constater les nombreux graffitis et tags dans le fort. La pratique la plus controversée et qu’on assimile un peu rapidement à « l’Urbex » est le street art. « La peinture ou les graffs dans ces lieux, c’est le fait d’une minorité, nous on vient pour découvrir, visité, pour aller dans des lieux inaccessible a priori » nous murmure Jérôme alors que nous retournons vers le centre ville. Le graffiti trouve dans ces lieux une place pour s’exprimer à son aise dans des endroits isolés et peu fréquentés où des créations sont plus susceptibles de durées. Mais le développement du street art divise. Expression artistique pour certains, dégradations pour d’autres.

Tag et "urbexeur" dans les arrêtes de poisson

Tag et « urbexeur » dans les arrêtes de poisson

Si on s’interroge actuellement sur l’avenir de l’exploration urbaine, une chose est sûre cette activité a permis de développer d’autres actions. Un autre aspect plus économique de la popularisation du phénomène a notamment conduit a la création d’un tourisme alternatif et original qui propose de découvrir la face cachée de nos villes. Ces visites monétisée sont une dérive qui peut nuire a la pérennité de « l’Urbex » mais qui est également soumis a des règlementations qui peuvent normaliser et légitimer progressivement ces pratiques tout en préservant ce patrimoine.

 

Auteurs :
Romain Junod
Simon Morvan
Photos :
Miist , Victor Lacroix, Adrien Lazinger

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 
Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Vu par

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s