Parlez frioulan aux ateliers intercompréhension du KoToPo !

Depuis plusieurs années, des ateliers « intercompréhension » sont organisés au KoToPo, bar situé dans le 1er arrondissement. Entre richesse culturelle et découverte de nouvelles langues, nous vous racontons cette expérience.

Nous sommes le dernier jeudi du mois de mars au KoToPo, petit bar à deux encablures de l’Hôtel de Ville. L’atmosphère de l’endroit est frappante : spacieux, les meubles y sont en bois et des livres s’étalent sur les étagères.  L’ambiance est calme et décontractée. Certains clients mangent un morceau, d’autres boivent un verre. Le bar, d’abord peu rempli, voit petit à petit des personnes arriver, la plupart sont des habitués. Peu à peu, le contact s’établit : la soirée peut commencer.

« Infectés par le virus de l’intercompréhension »

Mais ce soir, le KoToPo n’abrite pas n’importe quelle soirée, car c’est un atelier d’intercompréhension qui s’y déroule. Si cette méthode d’apprentissage des langues n’est pas la plus connue, elle n’en est pas moins impressionnante. Cette technique a été introduite dans les années 1970 par Eric Hawkins. Ce linguiste britannique voulait que les enfants côtoient d’autres langues que leur langue maternelle dès leur plus jeune âge dans un but de favoriser une certaine ouverture d’esprit chez eux. Mais comment cela fonctionne ? C’est assez simple : il faut réunir un groupe de personnes qui parle différentes langues étant néanmoins toutes issues de la même famille (langues romanes, langues slaves, langues germaniques, …). Ensuite, chaque personne parle sa langue maternelle et essaye de comprendre les langues des autres à travers des stratégies de compréhension. Pour Jean-Pierre, professeur de portugais à la retraite « on ne comprend pas tout, mais c’est pas grave. Tout est dans un contexte ».

C’est d’ailleurs grâce à Jean-Pierre que la méthode de l’intercompréhension s’est développée à Lyon. Ancien professeur de portugais à l’université Lyon 2, il a initié certains de ses collègues. Pour Gloria, une de ses anciennes étudiantes devenue par la suite professeur, « J-P nous a infecté du virus de l’intercompréhension ». La preuve : depuis 2010, c’est elle qui organise les soirées « intercompréhension » au KoToPo.  

Fevelâ furlan !

Ce soir, c’est le frioulan, une langue romane parlée dans le nord de l’Italie par plus d’un million de personnes, qui est à l’honneur. « Je ne suis pas venu depuis deux ans, mais aujourd’hui je voulais découvrir le frioulan » : comme René, beaucoup sont impatients d’entendre une nouvelle langue. Et pour faire découvrir le frioulan aux participants de l’atelier, c’est Franco, dont les parents sont originaires de la région du Frioul, qui va intervenir. Il n’a jamais parlé une autre langue avec sa mère, mais n’a jamais appris à la lire ou à l’écrire : « je dois relire deux ou trois fois la phrase ». Franco explique que si il est venu, c’est pour représenter une langue qui fait partie de l’identité de ses parents, et donc de la sienne.

Bar

Il commence à expliquer sa trajectoire personnelle en français mais pour Franco, c’est la première fois qu’il participe à un atelier d’intercompréhension, et la démarche lui paraît assez étrange. Lorsque Jean-Pierre lui demande de nous parler uniquement frioulan, il est sceptique : « vous allez rien comprendre à ce que je dis ». Même son de cloche lorsque Gloria, dont la langue maternelle est l’espagnol, lui parle : « je comprends rien », dit-il en riant. C’est là que se développe la méthode de l’intercompréhension : Gloria répète sa phrase en changeant « primero » par « uno » et Franco comprend le sens de sa phrase sans avoir jamais suivi de cours d’espagnol. À travers toutes ces stratégies de compréhension de la langue, on se retrouve avec une conversation dans laquelle se mélangent le catalan, l’italien, l’espagnol, le français, le portugais et le frioulan ! C’est donc là que se trouve la « magie » de l’intercompréhension : on réussit à comprendre la majorité du message dans une langue dont on n’avait jamais entendu parler quelques heures plus tôt. 

Un large éventail de profils

Jean-Pierre prend la parole : « ici on apprend à comprendre les autres, à comprendre leur langue » ; Jean-Pierre est le vétéran des ateliers d’intercompréhension de langues romanes. Il y participe depuis leur création. Ce n’est pourtant pas le cas de toutes les personnes assises autour de la table.

En effet, le KoToPo attire un large éventail de profils. Étudiants étrangers cherchant à nouer des liens ou à pratiquer leur langue, professeurs passionnés ou simples curieux ; le bar associatif ouvre ses portes à tout le monde. Pour découvrir le KoToPo, il faut surtout en avoir entendu parler, le bouche à oreille est un de ses atouts essentiels. C’est ainsi que Marcel, jeune espagnol, a commencé à participer aux ateliers : « La première fois que j’ai entendu parler du KoToPo je faisais du covoiturage, le principe m’a plu et me voilà ! ».

Les participants sont tous très différents, mais s’il y a quelque chose qui les unit, c’est bien leur curiosité et enthousiasme et surtout, ils savent écouter et l’être en retour.

Hamac

Un bar associatif atypique

Il faut dire que l’endroit se prête bien à une ambiance si joviale. Créé en 1999 par l’association à but non lucratif « Mille et une langues », le KoToPo est animé par la volonté de promouvoir une diversité linguistique, le propriétaire du bar affirmant « avoir pour principal objectif d’assurer une mixité sociale et culturelle ». Dans une bonne ambiance « comme à la maison », il est possible de prendre des cours de langues très variés (néerlandais, japonais, turc, russe ou même du Népali) ou de prendre un verre . Le bar a tout de même un fort accent espéranto, certes avec des cours proposés, mais aussi avec un site internet disponible en espéranto et des magazines spécialisés tel que « le Monde de l’Esperanto »

L’endroit invite à venir s’installer avec un verre et de la lecture, à l’image de Camille, une étudiante qui vit dans le quartier : « je viens ici très souvent, c’est calme et les gens sont sympas ». L’énorme bibliothèque, les jeux disposés sur les tables et les revues internationales incitent à venir se divertir en se relaxant sur un des hamacs. L’enseigne propose également des concerts de groupes internationaux certains samedi soir. Tout y est fait dans une logique internationale, qui semble définir l’âme du KoToPo.

Avec des participants de tous horizons pour une méthode linguistique pour le moins innovante, les soirées « intercompréhension » au KoToPo n’ont rien à voir avec ce à quoi on pourrait s’attendre. Mais une chose est sûre, en sortant du bar, votre approche des langues est complètement changée. Car comme le dit Jean-Pierre, « le seul langage universel, c’est le plurilinguisme ». Riviodisi !

Sara de Prado

Arthur Gaillard

Léa Germain

Tadeusz Roth

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1 commentaire

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Une réponse à “Parlez frioulan aux ateliers intercompréhension du KoToPo !

  1. Merci pour votre entretien. L’article est très intéressant. Tout le monde est bienvenu à participer aux échanges linguistiques.

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